Enjokosai (援助交際 “Rencontre pour assistance” ou “Rendez-vous contre compensation”) est un des phénomènes japonais dont l'archipel n'est pas très fier: les rendez-vous (romantiques ou pas) entre des collégiennes et des hommes souvent bien plus agés.Même si une telle rencontre ne signifie pas forcément la nécessité d'un rapport sexuel, cette prostitution de la jeunesse japonaise, née au début des années 90, a été la cause de pas mal de remous.
Les "Telephone Clubs"
La fin des années 80 marque la fin du boom économique nippon. Les jeunes filles de classe moyenne sont habituées à un très cher niveau de vie fondé sur la prospérité économique de leurs pères. Mais la croissance ralentit, la machine s'enraye et le fonctionnement social, bien huilé jusqu'aux années 90 commence à montrer ses déficiences. Avec leurs familles se retrouvant incapable de les combler matériellement et les décourageant à l'idée de se prendre un "baito" (petit job), nos jeunes filles en jupette se tournent alors vers un autre domaine où elles feront le bonheur des "Love Hotel" (voir photo ci-dessous) de tout poils.
Quand vous êtes un salary-man japonais d'âge moyen, il n'est pas aisé de trouver et draguer des collégiennes. Où les rencontrer ces jeunes filles portant le traditionnel costume marin (seifuku) des écolières ? Vous auriez l'air ridicule si vous commenciez à sortir avec une collégienne et la Police pourrait commencer à vous chercher des poux dans la tête. Pour résoudre ces problèmes ? Les "Telephone Clubs" sont nés.
Ces clubs d'un nouveau genre sont destinés à permettre à des hommes de payer pour recevoir des numéros de téléphones mobiles de filles prêtent à satisfaire un plaisir nouveau. Pour le reste et la négociation, c'est du domaine privé entre la jeune fille et le vieux lubrique (pas toujours si vieux).
Internet est arrivé. Plus sûre, moins cher, il permet entre autre de contacter plus rapidement plus de filles aux styles toujours plus variés. Pour ce faire, une simple annonce "Dîner + sexe à 50 000 yen" (400-500€) sur un forum dédié avec ses coordonnées et l'affaire est dans le sac, il n'aura plus qu'à faire son choix parmi les réponses qu'il recevra. Une vraie bourse du vice.
Bura Sera
Ces papas gâteaux d'un nouveau genre sont d'habitude d'âge moyen, mariés avec des enfants. Pourquoi alors paient-ils tous donc tant et prennent tellement de risques pour avoir une relation sexuelle avec des jeunes filles ? Beaucoup décrivent cette obsession par "tamaranai", une "attirance incontrôlable" qui ne semble difficilement excuser le fait qu'ils exploitent une fille de l'âge de leur propre fille. Il est à noter qu'il existe tout de même certains clients qui ne paient ces filles que piur qu'elles jouent le rôle de leur propre fille, afin de compenser une sphère familiale souvent décomposée.
"Lorikon" (Lolita Complex) et "Bura Sera" (la fascination érotique pour les écolières") sont des aspects cruciaux de la sexualité moderne japonaise. L'ambigüe uniforme de marin est une marque importante de la société japonaise et un des piliers de son industrie pornographique. On ne s'étonnera pas de croiser, très légalement, des magasines en vente libre, vrais catalogues de jeunes filles de 8-15 ans posant lassivement en costume d'écolière, maillot de bain ou tenue sportive. Le marché des "petites culottes usées" est aussi une des marques les plus surprenants de ce "Bura Sera".
Les Kogals (Kogyaru)
On en reparlera une autre fois mais elles sont indissociables de ce phénomène. Diva du fétichisme sexuel à la japonaise, les "kogal" sont de jeunes femmes portant souvent l'habit d'écolière, les "loose socks" (chaussettes ultra larges), un teint plus ou moins bronzé allant du simple "cappuccino" un peu caramel au café noir de noir. J'oublias, on rajoute par dessus une méga-couche de maquillage (blanc autour des yeux...).
Généralement, les "kogals" ont déjà fini le collège voire même la sphère de l'éducation mais continue à profiter des tenues d'en-temps pour attirer l'attention.
S'il demeure facile de comprendre pourquoi des hommes de la 40aine veulent partager le plaisir de la chair avec des filles plus jeunes, on se demande par contre pourquoi ces filles acceptent cette forme de prostitution.
La Japon, tout comme l'Asie dans un plus large ensemble, a toujours été un pays où l'apparence extérieur est primordiale. Traditionnellement, le prestige social a toujours été signifié par des symboles matériels: La lame du Samourai, les couleurs reservées à l'aristocratie, etc... et aujourd'hui, c'est toujours la même chose. La récession économique n'aura pas vraiment atténué cetta attirance pour les vêtements de designer, les sacs Louis Vuitton et ce genre de chose qui font que l'on est "dedans" ou "dehors".
Parallèlement, réduire ces phénomènes sociaux aux simples frippes ou à l'argent serait réducteur. La démarche est active chez la jeunette et pour combler une vie plutôt monotone à la maison et stressante à l'école, l'enjokosai parait être un exutoire tout designé, rite sexuel de passage pour des jeunes femmes très curieuses.
Quand les média s'en mêlentCa n'aura été qu'à partir du milieu des années 90 que les média se seront emparés du phénomène. Pour compenser le fait d'avoir été si longs à la détente, ce fût une hystérie totale qui vit en la "kogal" de Shibuya la "victime coupable" (beau mariage sémantique) toute désignée.
Le Japon traditionnel devait rapidement montrer son dégoût pour cette génération qui troquait son innocence pour quelques billets de 10 000 yen. Au passage, car ça devait arranger tout le monde, on oubliait que c'était les salary-man, piliers d'une société bien pensante de façade, qui paient pour ce type de service et donc entretiennent ce nouveau marché. Sans tarder, le pays était terrifié par ces filles qui parcourant les rues à la recherche d'innocents quadragénaires, futurs victimes de ses tentatrices du diable.
Un peu de bon sens revint une fois qu'un bon nombre d'études furent publiées, prouvant que seulement 5-13% des jeunes filles avaient déjà eu l'expérience de l'enjokosai, ce qui est déjà pas mal comparé à chez nous. Un fait intéressant à rajouter, 75% des jeunes japonaises ont au moins une fois reçu la proposition d'un homme plus agé pour un "rendez-vous" contre de l'argent.
Aujourd'hui, le gouvernement japonais reconnait le phénomène et travaille pour lutter contre ces libidos d'une certain genre que cultivent pas mal de frustrés. En 1999, il fût déclaré illégal "d'avoir un rapport sexuel payant avec un enfant de moins de 18 ans".
Mais bon, la nature indirecte du paiement propre à l'enjokosai a rendu l'application de cette loi bien difficile et in fine, les "papa" s'en sortent bien. Une jolie montre Gucci fera autant l'affaire que quelques gros billets.
Un fait tout de même aggravant, l'âge de consentement sexuel au Japon est de 14 ans, ce qui indique que les relations sexuelles avec mineurs sont implicitement acceptées au pays des sushis.